2 posts tagged “segolene royal”
Les résultats du premier tour sont tombés. Jean-Marie est K.O débout. Sarko triomphe. Ségolène va avoir du mal à rattraper son retard et Bayrou pense déjà à l'avenir. Quelle stratégie pour eux tous demain?
Jean-Marie Le Pen
Avec la défaite de Jean-Marie, c'est surtout Marine, sa fille, qui va en prendre pour son grade. Sa stratégie de dédiabolisation de papa et la stratégie de premier tour de Sarko ont laminé le vote frontiste. D'ici quelques jours, au Paquebot, siège du FN, ce sera la curée. Le prochain bureau national verra les partisans de Bruno Gollnisch certainement alliés à d'anciens mégrétistes revenir en force au dépend du clan de Marine. La fête du 1er mai et le discours du président du FN seront certainement très durs envers Sarkozy "l'usurpateur". Le FN repart à zéro. Son leader est affaibli et sa ligne sera désormais encore plus virulente envers le "système", l'immigration et la banlieue. La nouvelle bipolarisation née de cette élection risque d'entraîner pour un temps une marginalisation du Front National et de ses idées.
François Bayrou
Il n'a pas gagné mais il n'a pas perdu espoir. Pour lui, l'objectif est surtout de transformer sa percée et de ne pas se laisser enfermer dans le bipartisme. François Bayrou est lucide. Il sait qu'il n'est pas propriétaire de ses voix et il n'appellera logiquement à voter pour personne. Sa stratégie sera simple. Il annoncera dans les prochains jours la création d'un nouveau parti dont le noyau dur sera issu de l'UDF mais dont les limites iront de la droite du PS à la gauche de l'UMP. A ses côtés, de nouveaux visages s'ajouteront à ses actuels soutiens. On peut par exemple penser à Rocard ou Kouchner ou à Begag, Goulard et Romero qui le rejoindront pour fonder son nouveau parti.
Bayrou repart en campagne et reprend donc son bâton de pèlerin. S'il est pressé, il présentera certainement ses 577 candidats aux législatives sous le label de ce nouveau parti, sorte de parti démocrate à la française. Son objectif, au minimum, avoir un groupe à l'Assemblée. Une question se pose toutefois, l’UMP le laissera-t-il faire ?
Ségolène Royal
Avec 25% des suffrages, Ségolène fait un bon score. Mais cela risque d'être trop juste pour l'emporter, surtout lorsque l'on voit les mauvais résultats des autres partis de gauche et d'extrême gauche (Verts, PC, LCR, LO...). Le report de voix risque donc de lui être défavorable au soir du 6 avril.
En cas de défaite, le PS connaîtra de nouvelles turbulences et les ennemis de Ségolène, nombreux chez les éléphants, ne se gêneront pas pour la "flinguer". Les législatives se feront certainement sans elle et, son époux, François Hollande, sera contraint de la remplacer au pied levé. Sorte de cadeau empoisonné pour lui qui devra assumer à son tour la défaite et vraisemblablement quitter son poste de Secrétaire national du Parti. En embuscade devraient alors se placer les fabusiens, strauss-kahniens et, certainement, Monterbourg. Objectif pour eux: reprendre le parti alors en lambeaux et le transformer à leur sauce d'ici les prochaines échéances présidentielles afin de devenir le candidat PS et de l'emporter. La bataille sera fratricide.
Nicolas Sarkozy
Avec ses 30% acquis au premier tour et son réservoir de voix, Nicolas Sarkozy sera certainement le prochain président de la République. La stratégie de sa campagne dans les deux semaines qui viennent consistera à "gauchiser" le discours afin de maximiser en sa faveur le report de voix des électeurs de Bayrou. Il devra tout faire pour éviter de laisser prise au TSS "Tout Sauf Sarkozy" et, surtout, ménager son avance en ne faisant pas d'erreur. L'image et les mots devront être con-sen-suels. Jaurès, Blum et Mocquet vont certainement refaire leur apparition...
A plus long terme et à condition qu'il l'emporte le 6 mai prochain, Sarko devra toutefois veiller à se ménager l'avenir. La question d'éliminer définitivement Bayrou et ses amis se posera à lui très vite. Lui assurer des circonscriptions ou présenter partout des candidats de l'UMP face à lui, la question se posera en ces termes. A mon avis, si discussions entre les deux tours il y a avec l'UMP, elles se feront entre députés UDF inquiets et la commission des investitures du parti de Sarko.
Qu'en pensez-vous? Selon vous, Sarko doit-il éliminer définitivement l'UDF de l'Assemblée au moment même où son leader vient de faire exploser son score à l'élection présidentielle? J’attends vos commentaires.
En matière électorale, comme en matière de stratégie de marque, le choix du thème de campagne est un enjeu essentiel. Celui qui arrive à imposer son thème gagne les élections. Je m’explique.
En 2002, le thème de l'insécurité imposé par Jacques Chirac lui a permis d'écarter Jospin avec le succès que l'on connaît. L'insécurité, un thème considéré, à tort ou à raison, de droite - selon l'inconscient collectif, les hommes politiques de droite sont considérés comme plus "légitimes" à régler le problème de l’insécurité que les hommes de gauche - a ainsi permis à Chirac de balayer le PS dès le premier tour.
En ces temps d'élections, le choix de la thématique est un enjeu déterminant. Les stratèges qui entourent les candidats travaillent donc sans cesse à l'éclosion de ce Thème qui portera leur patron au sommet de l'Olympe politique. Comment impose-t-on sa thématique?
Première condition : votre thème doit faire écho à un constat inconscient de l'opinion, une sorte de sentiment diffus selon lequel l'origine de leur problème repose dans cette question. Deuxième condition: ce thème doit "idéologiquement" vous appartenir afin de mieux vous l'approprier par la suite - exemple: la lutte contre la précarité "appartient" à la gauche et la lutte contre l'insécurité "appartient" à la droite. Troisième condition: votre thème doit précéder le temps médiatique, car une fois que vous l'aurez identifié, ce sont les médias qui infirmeront ou non la validité de votre constat. Exemple: le sentiment d'insécurité en France en 2002 était bien réel. TF1 l’a confirmé avec talent à l’époque.
Alors, quelles sont les thématiques que nos candidats ont cherché à imposer durant cette campagne ? Pour Bayrou, son thème est la lutte contre le système (médiatique, politique...). Il en a fait son cheval de bataille mais, apparemment, si l'opinion a plutôt réagi favorablement au début, elle marque le pas aujourd'hui. Sans doute la difficulté à faire croire que l'UDF est hors de ce système que dénonce tant Bayrou. Sarko, lui, a choisi le thème de l'identité nationale. Un sujet polémique qui évidemment appartient à la droite, qui fait écho à une partie de l'opinion - mais à une partie seulement - et sur lequel les médias ne sont pas encore véritablement allés. Le sujet étant sans doute trop "clivant", comme on dit dans le jargon des communicants, pour l'audience. Enfin, Ségolène, elle, après son début de campagne assez brouillon, semble enfin avoir choisi son thème : le patriotisme. Un thème de droite certes, mais qui est nettement moins « agressif » que le thème de son adversaire et qui surtout fait autant écho à droite qu’à gauche, à la différence de l’identité nationale.
Alors, face à ce constat, deux réflexions. La première, la société française s’est droitisée ces dernières années. En effet, qui aurait pu imaginer, 15 ans après la victoire de Chirac sur la fracture sociale et 10 ans après celle de Jospin sur le temps de travail, que les deux candidats principaux à la présidentielle défendraient des thématiques de droite ? La seconde, que Ségolène vient de faire un coup de maître en choisissant cette thématique, car elle a collé sur sa droite Sarko et le fait passer pour un candidat un peu dangereux et facho sur les bords. Du grand art quand on sait que Sarko doit aussi surveiller le Pen et ne pas lui laisser un champ libre trop important. Une priorité maintenant pour Ségolène : transformer cet essai et ne pas faire de cette victoire une victoire à la Pyrrhus. Le patriotisme reste un thème de droite que Sarko pourrait essayer de lui reprendre. Il reste 4 semaines...Avantage Ségolène.