3 posts tagged “françois bayrou”
En matière électorale, comme en matière de stratégie de marque, le choix du thème de campagne est un enjeu essentiel. Celui qui arrive à imposer son thème gagne les élections. Je m’explique.
En 2002, le thème de l'insécurité imposé par Jacques Chirac lui a permis d'écarter Jospin avec le succès que l'on connaît. L'insécurité, un thème considéré, à tort ou à raison, de droite - selon l'inconscient collectif, les hommes politiques de droite sont considérés comme plus "légitimes" à régler le problème de l’insécurité que les hommes de gauche - a ainsi permis à Chirac de balayer le PS dès le premier tour.
En ces temps d'élections, le choix de la thématique est un enjeu déterminant. Les stratèges qui entourent les candidats travaillent donc sans cesse à l'éclosion de ce Thème qui portera leur patron au sommet de l'Olympe politique. Comment impose-t-on sa thématique?
Première condition : votre thème doit faire écho à un constat inconscient de l'opinion, une sorte de sentiment diffus selon lequel l'origine de leur problème repose dans cette question. Deuxième condition: ce thème doit "idéologiquement" vous appartenir afin de mieux vous l'approprier par la suite - exemple: la lutte contre la précarité "appartient" à la gauche et la lutte contre l'insécurité "appartient" à la droite. Troisième condition: votre thème doit précéder le temps médiatique, car une fois que vous l'aurez identifié, ce sont les médias qui infirmeront ou non la validité de votre constat. Exemple: le sentiment d'insécurité en France en 2002 était bien réel. TF1 l’a confirmé avec talent à l’époque.
Alors, quelles sont les thématiques que nos candidats ont cherché à imposer durant cette campagne ? Pour Bayrou, son thème est la lutte contre le système (médiatique, politique...). Il en a fait son cheval de bataille mais, apparemment, si l'opinion a plutôt réagi favorablement au début, elle marque le pas aujourd'hui. Sans doute la difficulté à faire croire que l'UDF est hors de ce système que dénonce tant Bayrou. Sarko, lui, a choisi le thème de l'identité nationale. Un sujet polémique qui évidemment appartient à la droite, qui fait écho à une partie de l'opinion - mais à une partie seulement - et sur lequel les médias ne sont pas encore véritablement allés. Le sujet étant sans doute trop "clivant", comme on dit dans le jargon des communicants, pour l'audience. Enfin, Ségolène, elle, après son début de campagne assez brouillon, semble enfin avoir choisi son thème : le patriotisme. Un thème de droite certes, mais qui est nettement moins « agressif » que le thème de son adversaire et qui surtout fait autant écho à droite qu’à gauche, à la différence de l’identité nationale.
Alors, face à ce constat, deux réflexions. La première, la société française s’est droitisée ces dernières années. En effet, qui aurait pu imaginer, 15 ans après la victoire de Chirac sur la fracture sociale et 10 ans après celle de Jospin sur le temps de travail, que les deux candidats principaux à la présidentielle défendraient des thématiques de droite ? La seconde, que Ségolène vient de faire un coup de maître en choisissant cette thématique, car elle a collé sur sa droite Sarko et le fait passer pour un candidat un peu dangereux et facho sur les bords. Du grand art quand on sait que Sarko doit aussi surveiller le Pen et ne pas lui laisser un champ libre trop important. Une priorité maintenant pour Ségolène : transformer cet essai et ne pas faire de cette victoire une victoire à la Pyrrhus. Le patriotisme reste un thème de droite que Sarko pourrait essayer de lui reprendre. Il reste 4 semaines...Avantage Ségolène.
Arno Klarsfeld était l'invité ce matin de l'interview de Jean-Michel Apathie sur RTL. Depuis quelques mois, l'avocat de l'association des Filles et fils de déportés juifs de France est très proche de Sarkozy. Il est d'ailleurs chargé de mission auprès de Ministère de l'Intérieur, notamment en charge des questions d'immigration. L'interview était intéressante, surtout, elle était révélatrice de la nouvelle stratégie de Sarko contre François Bayrou.
Entre-nous, la ficelle était un peu grosse. Bayrou inquiète. Il est devenu la diva des sondages et sera bientôt qualifié dans toutes les études pour le second tour. Si cela est vrai, autant pour Ségo que pour Sarko, c'est une catastrophe car, dans les deux cas, Bayrou pourrait vraiment gagner l'élection (B'cause tous les opposants de Sarko ou de Ségo viendraient alors apporter massivement leur soutien à Bayrou au second tour, ce qui lui donnera, avec ses voix du 1er tour, la majorité pour gagner. CQFD!).
Les conseillers de Sarko ont donc décidé de réagir et d'envoyer ce matin, en mission commandée sur RTL, le brave Arno Klarsfeld. Sa cible ? Bayrou. Son objectif ? Indigner l'électorat de gauche - le plus volatile et le plus sensible à voter aujourd'hui pour Bayrou - et le pousser à s'en éloigner. Le procédé? L'exhumation des archives.
Qu'a dit Arno Klarsfeld? Il a rappelé - avec citations à l'appui (c'est ça qui m'a mis la puce à l'oreille) - que lors du procès Papon, François Bayrou avait déclaré être opposé à ce type de justice qui consiste pour un pays à se flageller. Le procédé est laid et le pauvre Arno Klarsfeld un peu pathétique quand il se fait le relais de pareilles méthodes. Mais la question n'est pas là. Sarko a choisi sa stratégie contre Bayrou: viser la frange de l'électorat de gauche déçu par Ségolène et tenté de voter pour lui en "caricaturant" ses déclarations passées du candidat UDF.
A mon avis, cette stratégie n'aura aucun effet. Bayrou est aujourd'hui sur un nuage et - à moins qu'il ne commette lui-même de grosses erreurs - les attaques de ses adversaires n'auront aucun effet sur lui. Par ailleurs, le PS est déchiré quant à l'attitude à adopter contre lui : l'attaquer ou l'épargner. L'épargner serait en effet nécessaire dans le cas où Ségolène passerait au premier tour grâce au vote utile. Dans cette situation, elle aurait alors besoin des voix de Bayrou pour gagner. Les partisans de cette seconde option au Parti socialiste sont nombreux, à commencer par Dominique Strauss-Kahn qui pense qu'entre les deux tours, le PS devra négocier le soutien de l'UDF en lui accordant, par exemple, beaucoup de sièges (une soixantaine) à l'Assemblée et en sacrifiant le PC, moribond depuis des années.
Qu'en pensez-vous? Croyez-vous que cette stratégie puisse être payante?
C'est la rumeur qui court.
Après son intervention devant les étudiants de Sciences-Po Lyon hier, ce serait l'info qui filtre en ce moment dans les rédactions. Pour l'instant, aucune confirmation de la part du staff du candidat.
Pour ceux qui l'ignorent, Pascal Lamy est l'ancien commissaire européen au commerce et il est aujourd'hui le Directeur général de l'OMC. Proche du PS, Pascal Lamy serait la caution socialiste dont Bayrou aurait besoin pour gouverner demain.
L'intéressé a été contacté par la presse. Selon lui, Bayrou ne l'aurait pas encore appelé. Mais si le job lui était proposé, il a reconnu qu'il y réfléchirait sérieusement.
Un peu de sang neuf dans la campagne. Que pensez-vous de ce choix?
Pour ceux qui veulent en savoir plus, le lien vers la note biographique Wikipédia de Pascal Lamy.