2 posts tagged “dominique strauss kahn”
C'est à ni rien comprendre. Ségolène fait chanter La Marseillaise et demande aux Français de mettre des drapeaux à leurs fenêtres, DSK ne dit pas complètement non à Bayrou, Sarko cite Jaurès, Le Pen déclare ne plus vouloir le retour du Franc... Mais où sont donc passés nos bons vieux repères droite-gauche ?
En fait, comme c’était prévisible, la campagne vient de confirmer la mort déjà bien avancée de ce clivage qui a dominé la vie politique française pendant des décennies. Et pourtant, par faiblesse ou aveuglement, ni nos dirigeants ni nous-mêmes avons renoncé à le maintenir artificiellement en vie. Jusqu’à quand ?
En effet, depuis que les deux principaux partis français qui ont vocation à exercer le pouvoir (le PS et l’UMP) partagent le même avis sur la nécessité européenne, l’intégration à l’économie de marché, la fin de l’angélisme en matière de lutte contre l’insécurité, les insuffisances de la carte scolaire, les lacunes des 35 heures, l’instauration d’un régime de retraite commun entre salariés du privé et du public…quelles différences fondamentales nous permettent encore d’entretenir un clivage partisan tel que celui que nous connaissons aujourd’hui ?
Pour plusieurs raisons, ce clivage est mortifère pour nos institutions : il favorise l’abstention aux élections, il renforce les extrêmes, il désespère les citoyens de leur système politique et de leurs élus. L’envie de changement des Français trouve aussi son explication dans cette situation.
Quoi proposer à la place ? Un nouveau clivage. Un clivage non plus basé sur des différences de nature sociales ou économiques – la mondialisation et l’économie de marché sont passées par là – mais sur des questions d’intégration de la France au monde et à l’Europe.
La conséquence de ce changement serait une immense bouffée d’oxygène pour notre démocratie. En effet, le combat de demain sera celui de l’ouverture ou du repli de la France sur elle-même, que ce soit dans les domaines économiques, institutionnels ou sociétaux. Le point de pivot de notre système partisan reposera inévitablement demain sur ces questions.
Et ainsi, il en sera terminé de ces oppositions souvent stériles et dont l’hypocrisie ne cesse plus d’exaspérer les électeurs.
Imaginez : des élus PS, UMP, Verts et UDF pourront se retrouver dans un nouvel ensemble partisan dont les opposants seront davantage à l’extérieur du parti qu’à l’intérieur. En effet, quoi de commun entre un Dupont-Aignan ou une Christine Boutin et un Sarkozy à l’UMP, quoi de commun entre un DSK et un Mélenchon ou un Emmanuelli au PS, avec lesquels il est plus difficile de composer qu’avec son opposant du camp d’en face ? Enfin, des élus FN, MNR, Villiéristes, Parti des travailleurs, Chevénementistes, Pasquaïens, Dupont-Aignantistes, Boutinistes, mais aussi des PS, des radicaux ou des UMP etc…pourront se compter et se battre pour ce en quoi ils croient. Imaginez !
Arno Klarsfeld était l'invité ce matin de l'interview de Jean-Michel Apathie sur RTL. Depuis quelques mois, l'avocat de l'association des Filles et fils de déportés juifs de France est très proche de Sarkozy. Il est d'ailleurs chargé de mission auprès de Ministère de l'Intérieur, notamment en charge des questions d'immigration. L'interview était intéressante, surtout, elle était révélatrice de la nouvelle stratégie de Sarko contre François Bayrou.
Entre-nous, la ficelle était un peu grosse. Bayrou inquiète. Il est devenu la diva des sondages et sera bientôt qualifié dans toutes les études pour le second tour. Si cela est vrai, autant pour Ségo que pour Sarko, c'est une catastrophe car, dans les deux cas, Bayrou pourrait vraiment gagner l'élection (B'cause tous les opposants de Sarko ou de Ségo viendraient alors apporter massivement leur soutien à Bayrou au second tour, ce qui lui donnera, avec ses voix du 1er tour, la majorité pour gagner. CQFD!).
Les conseillers de Sarko ont donc décidé de réagir et d'envoyer ce matin, en mission commandée sur RTL, le brave Arno Klarsfeld. Sa cible ? Bayrou. Son objectif ? Indigner l'électorat de gauche - le plus volatile et le plus sensible à voter aujourd'hui pour Bayrou - et le pousser à s'en éloigner. Le procédé? L'exhumation des archives.
Qu'a dit Arno Klarsfeld? Il a rappelé - avec citations à l'appui (c'est ça qui m'a mis la puce à l'oreille) - que lors du procès Papon, François Bayrou avait déclaré être opposé à ce type de justice qui consiste pour un pays à se flageller. Le procédé est laid et le pauvre Arno Klarsfeld un peu pathétique quand il se fait le relais de pareilles méthodes. Mais la question n'est pas là. Sarko a choisi sa stratégie contre Bayrou: viser la frange de l'électorat de gauche déçu par Ségolène et tenté de voter pour lui en "caricaturant" ses déclarations passées du candidat UDF.
A mon avis, cette stratégie n'aura aucun effet. Bayrou est aujourd'hui sur un nuage et - à moins qu'il ne commette lui-même de grosses erreurs - les attaques de ses adversaires n'auront aucun effet sur lui. Par ailleurs, le PS est déchiré quant à l'attitude à adopter contre lui : l'attaquer ou l'épargner. L'épargner serait en effet nécessaire dans le cas où Ségolène passerait au premier tour grâce au vote utile. Dans cette situation, elle aurait alors besoin des voix de Bayrou pour gagner. Les partisans de cette seconde option au Parti socialiste sont nombreux, à commencer par Dominique Strauss-Kahn qui pense qu'entre les deux tours, le PS devra négocier le soutien de l'UDF en lui accordant, par exemple, beaucoup de sièges (une soixantaine) à l'Assemblée et en sacrifiant le PC, moribond depuis des années.
Qu'en pensez-vous? Croyez-vous que cette stratégie puisse être payante?