La stratégie de Bayrou
Voici les enseignements stratégiques que l'on peut tirer de la conférence de presse tenue aujourd'hui par François Bayrou:
Pas de consigne de vote
Une très bonne nouvelle pour Ségo. Une mauvais nouvelle pour Sarko. En effet, en retirant le soutien traditionnel de l'UDF à la droite, Bayrou provoque une déperdition encore plus grande de ses voix en faveur du candidat de l'UMP. L'équation est simple: moins de voix pour Sarko, c'en est autant de gagnées pour Ségo. François Hollande et Elisabeth Guigou ne s'y sont pas trompés et ont eu raison de célébrer ce demi-ralliement surtout que lors de sa conférence de presse, Bayrou a été nettement moins dur envers Ségolène qu'avec Sarkozy.
OK pour un débat avec Ségolène
François Bayrou a accepté l'invitation de Ségolène à débattre avec lui entre les deux tours. Stratégiquement, alors même qu'il n'est pas qualifié, cela revient à faire de lui l'arbitre suprême de l'élection et renforce encore davantage son image de présidentiable, utile en prévision de 2012. A mon avis, Ségolène va accepter ce débat, même si elle le fera à ses conditions. L'idée n'étant pas pour elle d'obtenir un ralliement franc et massif du président de l'UDF mais plutôt de tout faire pour prouver qu'entre-elle et Bayrou, il y a bien davantage de points communs que de points d'accroche. Un autre moyen de continuer à grappiller des votes bayrouistes indécis ou acquis à Sarko.
Créer un nouveau parti: le Parti Démocrate
Comme je l'avais annoncé dans une précédente note, Bayrou a décidé de "tuer" l'UDF et de créer un nouveau parti, plus ouvert sur sa gauche. Respectant l’adage selon lequel il vaut mieux battre le fer tant qu’il est chaud, Bayrou sait qu’il doit capitaliser sur son succès. Son parti sera donc créé dans les jours qui viennent et il présentera ses 577 candidats dès les législatives de cette année. Grâce à ce nouveau parti, et à condition que les législatives lui soient encore favorables, Bayrou élargit sa base d’électeurs et se pose déjà en candidat très sérieux pour les présidentielles de 2012. Quoi qu’il en soit, Bayrou joue la carte du ni-droite ni-gauche et se pose au dessus des partis. A l'avenir, il sait qu'il se positionne de manière privilégiée, puisque peu importe qui de Ségo ou de Sarko sera le vainqueur, il continuera à distribuer les bons et les mauvais points en discréditant les représentants de l'ancien système incarné par le PS et l'UMP.
Que pensez-vous de cette stratégie ?
A suivre : comment Sarko et Ségo doivent-ils réagir face à Bayrou ?
Comments
Le piège est d'éviter de faire de ce nouveau parti une mouvance ballotée entre gauche et droite. Le risque est grand car le programme de Bayrou n'est pas assez pointu pour être considéré sérieusement, notamment par les forces économiques de notre pays.
Voilà monsieur, c'est tout ce que j'avais à dire pour le moment !!
Merci pour ton message. Je t'assure. Même sur le plan économique, Bayrou est plutôt bien entouré avec notamment Jean Peyrlevade (un économiste et un ancien patron de grandes entreprises nationales) à ses cotés.